Diocèse de Luiza : une lettre interne accuse l’évêque de tribalisme, de népotisme et de gouvernance autoritaire

Une correspondance confidentielle, attribuée à un prêtre du diocèse de Luiza, met en cause la gestion de Mgr Félicien Mwanama Galumbulula. Le document, long d’une dizaine de pages, dresse un tableau sombre de la gouvernance diocésaine et soulève de graves accusations.

Datée du 6 janvier 2026 à Kinshasa et adressée directement à Mgr Félicien Mwanama Galumbulula, évêque du diocèse de Luiza, la lettre se présente comme une interpellation personnelle et pastorale. Son signataire, s’y exprime en tant que « fils révolté mais sincère », affirmant vouloir « dire tout haut ce que tout le monde dit tout bas ».

Contacté par notre rédaction, le prêtre concerné reconnaît l’existence de la lettre, tout en précisant qu’elle était destinée à un usage strictement privé, dans le but, selon lui, de pousser l’évêque à « corriger sa gouvernance ». Il affirme ne pas savoir comment ce document a circulé.

Au cœur du document, une accusation centrale revient de manière récurrente : la gestion du diocèse serait structurée autour du tribalisme et du népotisme, au profit d’un groupe précis, au détriment des autres composantes ethniques du diocèse.

Le signataire affirme que :

• les paroisses économiquement viables et les fonctions génératrices de revenus seraient majoritairement confiées à des prêtres issus de la même tribu que l’évêque ;

• plusieurs prêtres d’autres communautés (Sala, Lualua, Mbala, Kete, Luba, etc.) seraient écartés des structures décisionnelles, malgré leurs compétences.

Ces accusations, si elles sont avérées, posent un sérieux problème de justice pastorale et d’équité institutionnelle.

Un autre volet central de la lettre concerne la politique d’envoi aux études. Le document accuse l’évêque de :

• privilégier des critères subjectifs et tribaux ;

• bloquer volontairement la poursuite d’études de prêtres pourtant jugés performants ;

• refuser des lettres de recommandation sans justification académique claire.

Le signataire compare explicitement cette pratique à celle de l’ancien évêque, Mgr Godefroid Mukeng, sous lequel, selon lui, « la tribu n’était pas un critère » et où le diocèse était mieux représenté au niveau national et interdiocésain.

La lettre évoque également un climat de tension inédit dans l’histoire récente du diocèse. Plusieurs cas de :

• refus de nominations ;

• départs prolongés vers l’Europe ou les grandes villes ;

• désobéissance ouverte,
sont cités nommément et présentés comme la conséquence directe d’un style de gouvernance autoritaire, où « le dialogue a laissé place au monologue ».

Selon le document, cette situation a entraîné une démotivation généralisée du clergé et une fracture profonde entre l’évêque et une partie significative de ses prêtres.

Autre point sensible : la gestion des ressources financières du diocèse. Le document évoque :

• une concentration des décisions économiques autour de l’évêque ;

• un rôle affaibli de l’économe diocésain ;

• des infrastructures construites « sans respect des standards », laissant supposer une mauvaise affectation des fonds ;

• l’impossibilité pour le diocèse de bénéficier de certains financements extérieurs, notamment italiens.

Ces éléments restent à vérifier indépendamment, mais ils soulèvent des interrogations sérieuses sur la transparence financière.

La lettre dresse enfin le constat d’un déclin de la représentation du diocèse de Luiza dans les grandes instances ecclésiales (CENCO, universités catholiques, structures interdiocésaines), contrastant avec les décennies précédentes.

Le signataire y voit une stratégie délibérée visant à conserver le contrôle local, voire à préparer une succession verrouillée.

À ce stade, Mgr Félicien Mwanama Galumbulula n’a pas encore réagi publiquement à ces accusations. Conformément aux règles de la déontologie journalistique, son droit de réponse reste ouvert.

Cette lettre, bien que qualifiée de privée par son auteur, pose une question centrale : jusqu’où une crise interne à l’Église peut-elle rester confinée lorsqu’elle touche à la gouvernance, à l’équité et à la dignité humaine ?

La rédaction


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Commentaires (1)

  • Nous attendons ses moyens de defense bien que la chose se laisse voir clairement

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