Bakwa Kalonji : histoire, territoire et héritage culturel d’une chefferie du Kasaï-Oriental
KASAÏ-ORIENTAL — Située dans le territoire de Tshilenge, dans la province du Kasaï-Oriental, la chefferie de Bakwa Kalonji constitue l’un des espaces de mémoire et d’identité culturelle de cette partie du centre de la République démocratique du Congo.
Son histoire, transmise notamment à travers les traditions familiales et la mémoire orale, est étroitement liée aux récits de peuplement, aux lignages et aux relations anciennes entre différentes communautés de la région.
Une chefferie au cœur du Kasaï-Oriental
Bakwa Kalonji s’étend sur une superficie estimée à 2 012 km². Son territoire est entouré de plusieurs entités administratives et coutumières.
Au nord, la chefferie est limitée par le groupement de Bakwa Ndoba wa Badila Tshingu wa Yampanaya, dans le territoire de Katanda. Au sud, elle est voisine du groupement de Kanyiki Kapangu, dans le territoire de Lomami.
À l’est, elle est bordée notamment par le secteur de Tshiyamba, la chefferie de Bakwa Mulumba wa Madila Midima Ekushipa Bulongu, dans le territoire de Ngandajika, ainsi que par les groupements Bena Mwemba et Bakwa Kanda, dans le secteur de Baluba-Lubilanji, territoire de Katanda. La rivière Tshilemba constitue également un repère naturel dans cette partie du territoire.
À l’ouest, la rivière Lubilanji marque une limite naturelle avec plusieurs entités, notamment les territoires de Miabi, Kamiji et Lupatapata, ainsi qu’avec la ville de Mbuji-Mayi.
Cette position géographique fait de Bakwa Kalonji un territoire situé au croisement de plusieurs espaces administratifs et culturels du Kasaï-Oriental et des provinces voisines.
Vingt-neuf groupements
La chefferie de Bakwa Kalonji est composée de 29 groupements, qui constituent autant d’entités de son organisation coutumière et territoriale.
Il s’agit de :
Bakwa Lukusa, Bena Tshimanga, Bena Kalala, Bena Kayembe, Bena Mukendi, Bajilanga, Bakwa Kashila, Bena Kadima, Bena Kalubi, Kalenda I, Bakodila, Bena Mpunga, Bakwa Malaba, Bakwa Mbikayi, Bena Kanyana, Bakwa Kolela, Bena Kanangila, Bena Kabundi, Bena Tshisuaka, Bena Tshimonya, Bena Tshitala, Bena Luabeya, Bakwa Tshisamba, Bena Tshimpuma, Bena Tshilobo, Bakwa Hoyi, Bena Nkongolo, Bena Kanyana II et Bena Kalenda II.
Parmi ces entités, Bena Kalala est présenté dans la tradition locale comme le siège du Grand Chef Mutombo Katshi wa Mintênga, à Tshibata.
Certains groupements sont également associés à des appellations, expressions ou sous-lignages qui témoignent de la richesse de la mémoire clanique et de la diversité interne de la chefferie.
Kalonji Milabi, figure ancestrale
L’histoire ancienne de Bakwa Kalonji est principalement racontée à travers la tradition généalogique.
Selon ce récit, l’ancêtre commun est Kalonji Milabi, fils de Tshimanga Lwasa Mbutа, lui-même fils de Kasonga wa ku Diba.
La tradition rapporte que Kasonga wa ku Diba serait venu de Sanga Lubangu avant de s’établir auprès des Kanyok. C’est dans cet environnement qu’il aurait fondé sa famille et donné naissance à la lignée dont serait issu Kalonji.
Kalonji occupe ainsi une place centrale dans le récit fondateur de la chefferie et dans la mémoire généalogique transmise au sein des familles.
Une alliance avec la famille royale kanyok
Toujours selon la tradition orale, Kalonji épousa Kabedi-a-Ilunga, fille du roi Ilunga, présenté dans ce récit comme souverain des Kanyok.
Le récit rapporte que Kabedi aurait connu une période de stérilité au début de son mariage. Face à cette situation, Kalonji se serait rendu auprès de son beau-père pour lui exposer ses difficultés.
Le roi Ilunga lui aurait alors confié trois autres femmes : Tshibwabwa, Odia et Nyemba.
De ces unions seraient nées plusieurs lignées qui occupent une place importante dans la généalogie traditionnelle de Bakwa Kalonji.
Les descendants de Tshibwabwa
Tshibwabwa aurait donné naissance à Lutumba Odila et Ngandu Kashila.
Les descendants d’Odia
Odia aurait donné naissance à Odia Kankana, Tshimanga, Malaba et Tshitala.
Les descendants de Nyemba
Nyemba aurait donné naissance à Hoyi et Tshisamba.
Par la suite, le récit traditionnel rapporte que Kabedi eut à son tour des enfants avec Kalonji, notamment Lukusa et Kabeya.
Cette généalogie explique, dans la mémoire coutumière rapportée, la place particulière attribuée aux différentes lignées dans l’organisation traditionnelle de la chefferie.
Une organisation sociale fondée sur les lignages
Au-delà de l'organisation territoriale, l'histoire de Bakwa Kalonji repose également sur une organisation sociale articulée autour des lignages claniques.
La tradition distingue quatre principales épouses de Kalonji :
- Kabedi, associée au lignage Mukalenga Mwadi ;
- Tshibwabwa, associée à Mûtu wa Lubanza ;
- Odia, associée à Tshikala Mwadi ;
- Nyemba, associée à Tshitumba-Tumba.
Ces appellations constituent des éléments de la mémoire généalogique et culturelle permettant de retracer les liens entre les différentes familles et communautés.
Une mémoire à préserver
L’histoire de Bakwa Kalonji ne se limite donc pas à ses frontières géographiques ou à la liste de ses groupements. Elle repose également sur un patrimoine immatériel composé de récits ancestraux, de généalogies, de traditions coutumières, de noms de lignages et de récits de peuplement.
Comme dans de nombreuses sociétés africaines, une partie importante de cette histoire est conservée et transmise oralement. Sa documentation constitue dès lors un enjeu essentiel pour éviter la disparition de certaines informations au fil des générations.
La collecte des témoignages des chefs coutumiers, des anciens, des gardiens de la tradition et des familles détentrices de ces récits pourrait contribuer à établir une documentation plus complète sur les origines, les migrations, les lignages et l'évolution de Bakwa Kalonji.
Un héritage pour les générations futures
Aujourd'hui, connaître l'histoire de Bakwa Kalonji revient également à préserver une partie de la mémoire du Kasaï-Oriental. Les 29 groupements, les lignages et les récits associés à Kalonji constituent un patrimoine qui mérite d'être transmis aux jeunes générations.
Entre territoire, généalogie, organisation coutumière et traditions orales, Bakwa Kalonji demeure ainsi un espace où l'histoire et l'identité culturelle se rencontrent.
La préservation de cette mémoire passe désormais par sa collecte, sa confrontation avec les archives disponibles et sa transmission, afin que les générations futures puissent à leur tour comprendre et valoriser l'héritage de leurs ancêtres.
Commentaires (3)
C'est très important de comprendre des choses comme celle ci et continnuè de publié d'autres bergelin mukendi aus écris
Je suis encore très fière d'être l'orginaire de bakwa kalonji
Ah!meme kalubi wa nyamabu denis nsenda wa bena bilonda mulukalaba mu quartier nsangu je suis fièr d'être mukwa kalonji je suis mu kwa kalonji 100% de père pas de mère! Avous autre bakwa kalonji!